
Discours du Président de l’Union Internationale de Alsaciens à l'occasion des 150 ans de la SALLL
L’Alsace et la Suisse, terres d’émigration et d’immigration
La Suisse comme l’Alsace possède une assez longue tradition d’émigration mais aussi d’immigration. En fait, les phénomènes migratoires sont relativement courants, renforcés par la proximité géographique des deux territoires voisins et frontaliers.
Sans remonter aux calendes grecques, on peut ainsi citer la période de la guerre de Trente Ans (1618-1648), qui a ravagé toute l’Alsace et qui a donné le coup d’envoi à l’émigration connue. De nombreuses exactions avaient certes dévasté nombre de pays d’Europe, mais la plaine d’Alsace avait vu déferler quant à elle toutes les nations et la moitié de ses habitants avait périe. Un des pires conflits qu’elle eut connu dans son histoire ! Les Suisses ont ensuite largement participé à son repeuplement, venant essentiellement de la Suisse allemande, et exerçant les métiers d’artisans ou d’agriculteurs.
Plus récemment, les anabaptistes persécutés pour leur religion en Suisse, se réfugièrent en Alsace, en fondant à Sainte Marie-Aux-Mines la communauté des Amish. Ils seront expulsés à leur tour en 1712 par Louis XIV et traverseront l’Atlantique…
L’attrait des migrants pour le continent nord-américain était par ailleurs marqué. Les causes en étant connues : des disettes prolongées, des conflits trop fréquents, des conditions de vie difficiles…Ainsi la perspective de devenir un « farmer » a déclenché une forte émigration au début du 19ème siècle, et ce mouvement s’était étendu dans toute la vallée du Rhin supérieur, les Allemands et les Suisses entrainant leurs voisins des régions limitrophes, Alsaciens et Lorrains !
Dans l’autre sens, il convient de préciser que la Suisse possède aussi une certaine tradition d’accueil des étrangers ! Elle a accordé des droits d’asile à des étrangers dès la fin du 17ème siècle. Plus récemment, au 19ème siècle, la Suisse s’était également montrée généreuse en matière d’immigration. Il ne fallait même pas de papiers pour venir en Suisse.
L’annexion de l’Alsace à l’Allemagne en 1871 a provoqué une nouvelle vague d’émigration d’Alsaciens, dont une partie s’est réfugiée en Suisse, alors que d’autres rejoignirent l’Amérique du Nord, le Mexique ou encore l’Algérie.
Dans une période plus récente, entre l’automne 1940 et le printemps 1945, de nombreux Français, dont de nombreux habitants de l’Alsace annexée, ont fui en Suisse pour échapper aux contraintes de l’administration civile en Alsace et à l’oppression nazie en général. L’émigration vers la Suisse s’est encore amplifiée après-guerre, à la faveur d’une relance rapide de la production industrielle.
Aujourd’hui, on note l’arrivée d’une main d’oeuvre de plus en plus qualifiée. Sans l'immigration, et vraisemblablement aussi sans les travailleurs frontaliers, l'économie suisse ne serait pas sans doute pas devenue ce qu'elle est.
D’ailleurs, la Suisse est visiblement le pays préféré des expatriés français, alors que l’Alsace reste une contrée dont la qualité de vie est parfois vantée également ! Les conditions de salaires constituent évidemment un facteur majeur, et l’équilibre vie privée/vie professionnelle a séduit près de 200 000 Français établis en Suisse, 1er pays de résidence des expatriés français ! Quant aux Alsaciens, on ne connait pas leur nombre exact, mais ils y représentant un bon pourcentage.
Ce qui est remarquable, alors que nous célébrons en 2021 le 150ème anniversaire de la création de la Société des Alsaciens - Lorrains de Suisse Romande, c’est l’existence toujours vaillante de cette association qui a perduré depuis si longtemps, une preuve du dynamisme de ses dirigeants successifs depuis des générations pour continuer à faire rayonner notre patrie au bord du lac Léman !
Gérard Staedel - UIA
Président de l’Union Internationale de Alsaciens
